Encore une bien belle soirée au Théatre de la Ville... Jan Fabre, Tragedy of a friendship.

130603

C'est officiel, le TDV fait chier. D'emblée, rappelons qu'ils ont (sournoisement) cessé de mettre la durée de la pièce sur le petit livret qu'ils distribuent à l'entrée. La salle bruissant de "3 heures je crois" et de "ha bon c'est aussi long ?", "ouais, pas avant minuit", je me suis empressée avant le démarrage de la pièce de checker sur liphone ce qu'en disait linternet. Bam, 3h20 les vils connards. 

Nos voisines, découvrant également le pot au roses à l'extinction des lumières, étaient en grand désarroi : le TDV, on sait que ça va être chiant, mais quand, en plus ça va être long, c'est la merdasse.

Arrivent les comédiens, dans une ouverture fort drôle, de mecs et de filles en pyjamas blancs, s'interpellant avec, pour seuls mots, "Richard Wagner" dans un brouhaha plutôt rigolo :

- RI CHARD WAG GNER !

- Wagner ? Richard ?

- hahah Richard WAGNER !!!!

- Richard !!! Wagner ?

(ca n'a pas l'air comme ça, mais c'était pas mal ; en plus la scénographie était vraiement belle, avec des bougies, des ombres, des cloches de verre géantes)

Arrive ensuite un autre type, seul, toujours en pyjama, qui hurle : "FRIEDRICH NIETZSCHE !!" et là tout le monde se met à faire la gueule dans un brusque silence. 

(moi je me disais que ca partait rigolo, jusqu'à ce que je remarques les bandes défilantes sur les côtés, indice pour "CETTE PIECE EST EN ETRANGER MA POULETTE". Ca va être vraiment super long).

Faisons une petite pause dans la tête de Mme Raoul à cet instant précis du déroulé de la pièce : 

Théatre + 3h20 + en étranger = ca sent pas bon, il manque juste qu'ils se mettent à poil et on aura tous les ingrédients pour une anthentique "pièce-au-théatre-de-la-ville".

5 minutes plus tard, arrive le premier tout nu. Et merde. Accessoirement, c'est une fille. Jeune. Mince. Jolie. (Ben voyons)

Ensuite les comédiens se mettent à se cramer un peu les dessous de bras et l'entrejambe avec des bougies, se renversent de la cire chaude sur le torse (si on vous dérange, vous dites).

Et là, bim, une scène de viol, comme ça, au débotté, bien réaliste, bien crade à souhait, avec la fille qui hurle pendant 5 bonnes minutes. On la mutile vaguement avec une épée, qu'on lui laisse à portée de main ensuite pour bien montrer qu'elle ne se défend pas et qu'elle ne court pas castrer ses violeurs. DE LA BONNE VIELLE RAPE CULTURE DES FAMILLES : les femmes sont des victimes potentielles, les hommes sont des violeurs en puissance, la virilité est un mal nécessaire, etc. La mythologie, l'histoire, la pop culture, la pub, les contes pour enfants, ne sont pleins que de ça. 

Ensuite à chaque extinction de la lumière, la salle perdait 10 spectateurs. Normal. 

Je suis restée un peu pour voir si la situation se retournait. Au lieu de ça, on a eu 4 ou 5 scènes de filles à poil avec autour des mecs torses nus qui se battaient avec des épées en poussant des cris virils.

Peu après le deuxième viol symbolique de fille à poil (il lui passe une épée entre les jambes, parce qu'elle représente un cygne vierge qu'il faut sacrifier), je me suis barrée.

 

Maintenant, voyons à froid quel était le sujet de la pièce (source : site du Théatre de la Ville)

"Tragedy of a Friendship médite sur la relation entre Nietzsche et Wagner. Fouillant ses intimes dualités, Jan Fabre creuse les failles qui travaillent le créateur, tiraillé entre l’aspiration à la transcendance et la tentation du profane, entre l’attrait pour la réflexion spéculative et les appels de l’intuition." 

Tout ca pour parler de Wagner qui a tout de même produit les personnages de femmes parmi les plus transcendants (les Walkyries, des guerrières, dont Brunhilde dont la crainte absolue est de voir sa liberté perdue en épousant Siefried) et de Nietzsche, qui s'est fait éblouir toute sa vie par une femme probablement vierge jusqu'à sa mort et qui lui a permis de devenir ce qu'il était (Lou Andréas Salomé)... ? Je crois que je suis subjuguée par la pertinence de la mise en scène : nous avons le prix WTF de l'année.

 

Tout mon respect pour cette comédienne qui se fait violer sur scène tous les putains de soir.

 

Mouais. Il se foutrait pas un peu de notre gueule Jan Fabre ?