On inaugure une nouvelle catégorie aujourd'hui : Raoul pense.

Et oui, il faut bien.

Aujourd'hui, Raoul a décidé de vous exposer la stratégie dite du "plan B". Loin de lui l'idée de transformer sa vie en recherche permanente de voies parallèles comme autant de moyens de fuites, mais plutôt de mettre en place un plan d'action commun sans perdre un temps fou à se mettre d'accord.

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La stratégie du plan B est une méthode utilisée par Raoul dans les négociations et dans l'aide à la décision en général. Elle consiste, quand un plan A n'est pas 100% fiable, d'enclencher les mesures qui permettent le recours à un plan B en parallèle du plan A (et non à sa suite, c'est là la feinte). Il s'agit d'un plan de secours, généralement plus risqué, plus pourrave, plus complexe que le plan A, mais qui a juste l'avantage d'être déjà enclenché au moment où le plan A foire. 

On n'est pas dans l'idée de sournoisement ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier en douce, non, il s'agit d'une action concertée, qui souvent, par sa médiatisation même, suffit à fiabiliser le plan A en le rendant acceptable car réversible.

Exemple professionnel :

Réunion à plein de gens, chacun a ses positions bien fermes et ses objectifs propres, forcément antagonistes. On  essaie de faire passer un point de vue qui nous arrange, tout en ménageant les intérêts des autres pour qu'ils adhèrent au projet. Donc, pour les convaincre, on leur présente un plan A, et on expose qu'en parallèle, on fait en sorte qu'un plan B, ou B', soit toujours possible si jamais ça foire, et qu'on en reparle au fur et à mesure, et qu'on se fixe une limite au delà de laquelle, si le plan A n'a pas débouché, on bascule sur le plan B. Résultat, personne ne bloque le plan A, chacun sent que ses intérêts sont défendus, et on peut avancer.

Dans la plupart des cas, le plan A va au bout, et tout le monde sent qu'il a participé à la recherche de solutions. Si on bascule en cours de route sur le plan B, on n'a pas perdu de temps.

Exemple personnel :

On cherche une destination de vacances. Chacun veut aller à un endroit différent, et rechigne aux compromis. En effet, si on mélange une idée de destination "repos ensoleillé" avec un plan "trek en Islande", on va se retrouver soit en repos en Islande, ce qui est dommage, ou trek ensoleillé, ce qui fait mal à la tête et ne satisfera personne. Alors que si on met en place la stratégie "plan B", on détermine ce qu'est le plan A par une règle simple (par exemple le voyage survenu en premier dans les discussions, le moins cher, celui prévu de longue date, etc.), et on lance en parallèle les recherches sur le plan B. On se fixe une limite dans le temps pour que le plan A soit bouclé, sinon, on bascule sur les premices d'orga déjà mis en place pour le plan B.

Utilisation en mode défensif / en infériorité numérique :

A l'inverse, quand on est plutôt opposé au plan A, on peut montrer par une certaine effervescence de solutions annexes, que le plan A n'est pas l'unique voie. Dans ce cas, on négocie des échéances, des dates limites, des conditions de bascule qui permettent de s'en sortir en cas de plantade que l'on est seul à croire inévitable.

Exemple professionnel :

Une réunion part en sucette et un consensus crétin se dégage : admettons que se décide l'arrêt bête d'un projet sur lequel on travaille (sous, changement politique, etc.). On aura intérêt à plaider l'utilité du projet, et le risque de revirement à moyen ou long terme, non pour remettre en cause l'arrêt du projet (plan A, quasi inévitable), mais pour obtenir que le plan A ne soit pas définitif = on parle de suspension, ou de ralentissement si on est très balèze, en faisant attention à ce que le plan A reste réversible. Ainsi, au prochain changement d'avis (sous, changement politique, etc.), on réenclenche doucement, mais plus rapidement que si on avait laissé le plan A sans plan B.

Travers de la méthode :

On peut utiliser aussi un autre aspect plus sournois de la stratégie du plan B : trouver des voies parallèles tellement compliquées que le plan A est d'un coup paré de toutes les vertus.

Exemple personnel :

Le plan A, c'est aller faire les soldes/un musée/boire un café seule. Sans les gosses. On l'expose en disant que certes, c'est le plus simple, mais qu'on est emmerdé, parce que LP va garder seul les gosses. Les gosses font la sieste en début d'après midi. On propose donc que LP puisse à tout moment radiner les mômes à mi parcours entre la maison et les magasins/musée/café à leur maman Raoul afin que LP puisse être tranquille. Ou alors on peut convenir que Raoul revient, prend un gosse tandis que LP appelle une baby sitter pour le second môme si jamais elle peut pas garder les deux. LP, tout embrouillé, décide de s'en tenir au plan A : il garde les gosses à la maison, et on décide d'un point téléphonique à la mi-temps. Le problème dans ce cas, quand on n'est pas complètement de bonne foi, c'est que ca se voit.

Conclusion : limites de la méthode du plan B :

Ca ne marche qu'avec des interlocuteurs dotés d'une certaine logique, donc avec les enfants et les animaux, on oublie.